Après quelques semaines d'absence où il m'a fallu transporter avec moi le fardeau d'une vie nouvelle, faire avec les blessures toujours ouvertes, avancer avec de nouvelles, laisser certaines être pansées provisoirement par la main des amis et de celui qui saura pour quelques heures   faire passer le message que la vie est belle...et bien là, même las... mais qui finalement en ouvriront d'autres sans le vouloir, sans le savoir.

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Il a fallu laisser derrière des amitiés sincères, des voisins assez désolés de me voir partir pour ne pas oser en faire plus que de dire " tu vas nous manquer", avec au fond des yeux une sincérité touchante.


Il a fallu laisser échanger aux derniers moments des numéros,tout en sachant que quelques uns s'effaceront ; des adresses dont le tracet de crayon s'affadira avec le temps, expliquer que "non, je ne serai pas loin, que bien sûr je reviendrai, parfois", que oui vous êtes les bienvenus, une fois que ma vie aura pris sa place, que les cartons seront vidés, que j'aurai fait de cet endroit loin d'être mon rêve mon aire de posée en attendant mieux le lieu où je prendrai mes marques dans cette nouvelle ville....


Il a fallu se "détacher" d'une amitié nouvelle, je pense à toi Chris..., à ces mots que nous nous sommes à peine dits pour éviter des profusions de larmes dont nous n'avons besoin ni toi, ni moi... J'ai découvert sous cette carapace toute lisse et propre des aspérités et des cicatrices faites comme sur nous tous, mais qui m'ont émue.

Il a fallu embrasser sincérement quelques personnes qui me sont chères, essuyer quelques larmes, vider quelques verres, danser quelques soirs, rire très souvent, parler parfois, dire merci aux mains tendues... j'en oublirai en les nommant, ils ou elles sont à Combaillaux, à l'école, à la peinture sur porcelaine, au café du pétrin Honoré, dans le chemin de la balajade, sur FB, à Vierzon, à Libourne, dans le graaaannnd Nord de la france, à Nancy, dans le Sud-Ouest, sur le marché de Grabels, à Montpellier...

Il a fallu suivre un drame qui a touché "notre" communauté, qui a fait resssortir chez beaucoup d'entre nous les peurs que nous possédons tous et que nous préférons taire, assister muette et impuissante sauf peut-être en serrant très fort dans mes bras cette famille à laquelle je pense chaque jour depuis celui où leur vie ne sera plus jamais la même, verser des torrents le larmes... Et en tirer une leçon : Elle m'a dit qu'il fallait vivre même si parfois la réalité est étouffante et pesante,  cherche à anéantir, impose de nouvelles épreuves...

 

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Il a fallu laisser de côté certaines priorités, abandonner pour un temps certains projets, en dessiner d'autres qui ne sont qu'ébauches pour le moment.

Il a fallu aussi retirer d'un coup sec des échardes profondément plantées sur tout le corps, enfouies entre les côtes, parfois les planter avec violence dans la peau des autres juste pour leur faire savoir que " non, on ne veut plus de ça", 

Il a fallu, il faut encore du secours, du maintien, des mains, et pas seulement des mots pour me faire comprendre que je ne suis pas rien, pas insignifiante...Le vide que je ressens ne s'efface pas, il y a toujours la sensation d'être si peu, d'avoir le coeur sec, tranchant comme les huîtres sur les rochers. Pour peu qu'on s'approche trop près de moi et je n'y vois que mensonge...

Ces derniers mois la chute a été vertigineuse, un autre été en presque solitaire mais celui là dans un lieu inconnu, avec tout autour une vie à se refaire, des repères sur lesquels s'accrocher comme les nuages sur les montagnes.

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Mais ce qui sera le plus difficile à effacer de moi et qui sera le travail le plus long c'est la confiance a accorder, toujours et encore ...Il m'est impossible de croire aux belles paroles qui n'ont d'effet que de voir m'enflammer  pour finalement s'éteindre dans les yeux de l'autre en me laissant anéantie une fois de plus, à croire que tout est artifice et calcul...

Une pointe est logée en moi, difficilement repérable, difficile à ôter, même avec des pincettes...j'ai peur de me laisser emporter, je ne sais pas donner par bouts infimes, alors j'abandonne une grande partie de moi,  pour finalement me rendre compte que mes blessures sont loin d'être refermées .

 

J'ai cru tomber plus bas encore, et c'est vraiment ce qui est arrivé, alors pour conjurer le sort, par une fin d'après-midi très ensoleillé, j'ai décidé de m'élever, accrochée à une toile ouverte sous le soleil...Histoire de faire voler la Sardine et d'aider au déploiement des ailes qui tarde à venir...

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J'ai touché des doigts l'immensité du ciel, j'ai été subjuguée par un paysage qui ne s'arrête pas, et me suis enfin reposée, silencieuse, presqu'en douceur alors que depuis presque deux ans les aires de posées sont jonchées de rochers et de fossés

Il y a encore beaucoup choses contre lesquelles se battre, il y a aussi des incertitudes, puis il y a des gestes d'amitiés, des coups de mains bien utiles, des paroles émouvantes, des rencontres à faire ou à admirer...

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Un immense merci à celles et ceux qui passent sincérement et laissent un petit bout d'eux chez moi, même en pensée..
Il va me falloir cette vie et d'autres pourtant avant de voir ma confiance brille comme une pierre précieuse, et de croire quand on me dit que je suis une "belle personne"... 

 

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C'est la Sardine qui le vit...